Les conflits liés a l'eau

          Du fait de sa rareté l'eau va devenir une source de conflits et l'est déjà devenue dans certains pays. En effet, un fleuve peut devenir un point stratégique pour un pays et nous allons le voir à travers l'exemple du Jourdain, fleuve pour lequel Israel et la Palestine se battent. Et on retrouve même des conflits internes aux Etats par rapport à la gestion de l'eau.


 

1- Des concurrences de plus en plus vives entre usages et entre usagers

 

          La concurrence pour l'eau a toujours existé dans les régions anciennes d'irrigation. Les différends entre utilisateurs, parfois violents, étaient souvent réglés par des associations traditionnelles; mais les États durent souvent intervenir. Le droit de l'eau est important dans bien des civilisations.

          De nos jours, l'augmentation de la consommation et des pollutions avive les tensions entre villes et campagnes, agriculteurs et touristes, États appartenant à un même bassin hydrographique. Les eaux polluées par les usages domestiques, les épandages d'engrais, les traitements industriels, ne sont plus utilisables pour l'agriculture et la boisson; les rivières salies ne se prêtent plus à la baignade et à la pêche. Les concurrences peuvent se transformer en véritables conflits, notamment dans les régions où l'eau est rare.

 

2- L'eau à l'origine de conflits internes aux États

 

           Les Etats doivent arbitrer des conflits entre groupes aux intérêts divergents. Les conflits d'origine économique sont multiples. Les plus importants opposent les agriculteurs, les responsables de la gestion des villes, les industriels. Dans l'ouest des États-Unis, on a vu l'agriculture irriguée reculer devant les besoins de villes en expansion rapide comme Phoenix. Les municipalités bretonnes demandent la limitation des déversements de lisier et de l'utilisation des engrais par les agriculteurs. Il arrive que des industriels menacent de fermer leur usine, si on leur impose des mesures d'épuration susceptibles d'augmenter les coûts de leur production.

           Certains conflits opposent des régions entières. Les plus classiques opposent les habitants des régions déficitaires à ceux des régions excédentaires, les premiers accusant les seconds de diminuer la quantité et la qualité de l'eau qu'ils leur transmettent. Le sens de la contestation peut s'inverser : ainsi, les habitants des villes de la Loire moyenne, désireux de se protéger des dangers d'inondation, sont entrés en conflit avec les habitants de l'amont, opposés, au nom de la conservation des paysages, à la construction de barrages destinés à « écrêter » les crues.

 

3- L'eau à l'origine de conflits internationaux

 

           L'extension des espaces concernés par les aménagements situe de plus en plus les conflits au niveau international. L'opposition entre habitants de l'amont et de l'aval des bassins fluviaux est fréquente en ce qui concerne en eaux d'irrigation. Le conflit entre l'Inde et le Pakistan, pour les eaux de l'Himalaya, a été résolu pour l'essentiel, mais le conflit reste ouvert ailleurs, par exemple au Moyen-Orient. Dans la vallée du Rhin, la question des pollutions par l'amont qui ont opposé les Pays-Bas, d'une part, à la Suisse et la France de l'autre, a été réglée par de longues négociations.

Faute d'instances d'arbitrage reconnues, ces conflits internationaux sont difficiles à résoudre. Un Certain nombre a été résolu par des accords bilatéraux; d'autres ont crée ou aggravé des conflits qui restent ouverts.

            Nous allons donc étudier celà à travers l'exemple du Jourdain, fleuve partagé entre plusieurs Etats.

            Jusqu'à présent, on peut comprendre que l'eau puisse être un facteur de tensions et de conflits en raison de sa répartition inégale à travers les régions du monde, mais aussi qu'un État en pleine croissance (économique/démographique) doive nécessairement s'assurer d'un approvisionnement continu sur une longue période. Il y a également le fait que les tensions prennent leurs origines dans une disparité flagrante de consommation entre deux communautés partageant les mêmes sources d'approvisionnement. Par exemple, dans les territoires occupés de Cisjordanie, un colon israélien emploie 260 litres par jour, tandis que son vis-à-vis palestinien est contraint à n'utiliser que 70 litres. De même, dans certains conflits, l'eau a été une cible stratégique de choix. Pensons aux différentes guerres et aux accrochages entre Israël et ses voisins arabes, comme lors de la guerre des Six jours où Israël avait entre autres objectifs stratégiques, celui d'assurer son approvisionnement en eau en rais on des premières constructions syriennes sur les hauteurs du Golan destinées à détourner l'eau des affluents du Jourdain.

 

 

            L'eau est donc un élément important dans le conflit opposant Israël à ses voisins. Ce rôle central de l'eau a été très tôt identifié par les leaders sionistes, bien avant la constitution de l'État hébreu. À la fin du premier conflit mondial, le leader du mouvement sioniste international, Chaim Weizman, soulignait, dans une lettre envoyée à Lloyd Georges, premier ministre britannique d'alors, que l'élément central du développement d'un futur État en Palestine dépendrait de son approvisionnement en eau. Après lui, d'autres personnalités israéliennes ont mis en avant-scène l'importance de l'eau, particulièrement du bassin du Jourdain. C'est d'ailleurs avec la guerre de 1967 que la configuration hydrique de la région s'est inversée en faveur d'Israël. Sa victoire lui permit d'accroître son accès au Jourdain et au Yarmouk, son principal affluent, en plus d'avoir la mainmise sur une large partie des autres affluents du Jourdain et enfin, d'exercer son contrôle sur les nappes de Cisjordanie. On évalue présentement que près de 40 % de l'eau utilisée par Israël proviennent des territoires (Golan et Cisjordanie) conquis durant ce conflit. Dans cette perspective, il est bien certain que la question de l'eau est une pierre d'achoppement des négociations de paix. Pour l'État hébreu, les pourparlers l'obligent à délimiter la partie de la Cisjordanie qui ne serait plus sous son contrôle incluant les nappes phréatiques, les cours d'eau et affluents du Jourdain. Il n'y a pas que les Palestiniens pour lesquels le Jourdain est capital : la Syrie et la Jordanie en sont aussi tributaires, sans parler de son affluent qu'est le Yarmouk. Dans le cas jordanien, le traité de paix de 1994 avec Israël réfère explicitement à une coopération plus étroite entre les deux États. Jusqu'à présent, la répartition en faveur d'Israël demeure. La Jordanie est en déficit d'environ 500 millions de m3 par année parce que sa population connaît un accroissement annuel d'environ 3,6 %. Depuis 1997 elle cherche des réaménagements dans les accords de 1994, principalement pour augmenter sa part du Yarmouk. Notons que depuis 1963, le débit du Yarmouk à la frontière avec la Syrie a été réduit de 410 m3/année à 148 m3/année en 1991.

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